Haazinou, « prêtez l’oreille », tel est le titre de l’avant-dernière parasha de l’année, que nous lisons toujours entre Rosh Hashana et Yom Kippour. Alors que le peuple Juif approche de la terre d’Israël, Moshe, prenant pour témoins le ciel et la terre, éléments d’éternité, s’adresse aux siens sous une forme poétique.
Il sait qu’il n’atteindra pas Israël. Sa préoccupation est de donner conscience au peuple juif de sa responsabilité, de sa destinée, voulue par Dieu. Une invitation à choisir les voies du Bien et la prédiction de malheurs à venir si le peuple se perd moralement, avec toutefois l’assurance que le lien entre Dieu et son peuple ne sera jamais brisé.
Ce cantique évoque le passé, le présent et l’avenir, reliés à jamais et laissant entrevoir une perspective historique :
זְכֹר יְמוֹת עוֹלָם בִּינוּ שְׁנוֹת דֹּר־וָדֹר שְׁאַל אָבִיךָ וְיַגֵּדְךָ זְקֵנֶיךָ וְיֹאמְרוּ לָךְ׃
Souviens-toi des jours d’antan, méditez sur les années, de génération en génération. Interroge ton père et il te racontera, tes anciens et ils te diront.
Alors que les Hébreux s’apprêtent à atteindre la terre d’Israël, Moshe pourrait entamer son propos par le futur et annoncer ce qu’ils doivent accomplir. Il choisit de les inviter à se souvenir du passé. Si nous ne percevons pas le déroulement des faits, le lien de cause à effet, nous nous exposons à reproduire des schémas néfastes, voire destructeurs. D’où la nécessité d’une réflexion permanente nous incitant à agir avec une intention et à donner de la profondeur à nos actes et nos pensées. Relier passé, présent, et avenir, en vue de mener à bien notre vie et rectifier ce qui doit l’être.
Quelle différence entre le « père » et les « anciens » ? Chaque histoire familiale juive se révèle une odyssée, marquée de persécutions, de migrations, mais aussi d’une formidable créativité en toutes circonstances. Bien souvent, nos aïeux ne sont pas nés dans le même pays que nous. Omettre de recueillir la mémoire de leurs parcours compromettrait notre transmission à nos enfants, qui seraient alors démunis de ces précieux enseignements.
L’appel de Moshe à interroger nos « anciens » nous invite aussi à dépasser nos histoires particulières, les replacer dans un contexte général, dépasser notre temps présent, percevoir l’aspect fondamental « de génération en génération », et ainsi saisir l’importance de notre destinée collective. La rencontre entre le divin et le peuple juif s’inscrit dans un plan de l’Histoire voulu par Dieu, suggérant une finalité, un but et donnant du sens à tout ce que nous entreprenons.
Contenu publié pour la première fois le 24 septembre 2014 sur le blog Aderaba.